"En el 13, el corazón nos mueve"

Cette série a été réalisée pour une exposition de rue lors de mon séjour à Medellin, dans la célèbre Comuna 13. Elle a pour objectif de faire découvrir à de nombreux visiteurs et curieux ce qu’ils ne peuvent qu’entrevoir, et que j'ai pu côtoyer, au travers de portraits. Chacun d’eux représente une valeur, une énergie ou une caractéristique positive que j’ai pu découvrir dans ce quartier si particulier. A l’instar du cheminement de découverte de la ville, cette série est un parcours montrant les différentes étapes et modes de vie possibles. Je voulais faire la lumière sur ces gens extraordinaires qui habitent cet endroit au lourd passé, et montrer ces cœurs pleins de vie et d’espoir.
"En la 13 la violencia no los vence." (A la 13, la violence ne vaincra pas.) Je me suis inspiré de cette phrase célèbre de la série pour cette série et l’ai transformée de manière positive, celle que j’ai voulu exprimer: «En el 13, el corazón nos mueve».

L’HISTOIRE.

 

Il m'apparaît nécessaire de conter l’histoire de ces lieux et de ces gens pour peindre le complexe contexte de ce que cette série raconte et représente.

Dans le sud de Medellín, la commune de San Javier, plus connue sous le nom de la Comuna 13, a longtemps été considérée comme le quartier le plus dangereux de Colombie, et du monde. De part son emplacement, la comuna 13 est alors une plaque tournante pour le trafic d’armes et de cocaïne. Vers la fin des années 90, après la mort de Pablo Escobar, la Comuna 13 été la scène de guerres quotidiennes menée tour à tour par les FARC (les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), l’ELN (l’Armée de Libération Nationale), les cartels de drogue ainsi que les paramilitaires (groupe d’extrême droite), se disputant chacun le pouvoir sur la vallée de Medellin. Pendant une dizaine d’années, la violence y est telle que les corps gisent dans la rue sous l’ampleur des règlements de compte. La vie des gens se résume à rester enfermés chez eux, choqués et apeurés, dans un quartier qui ne leur appartient plus.

Ici, la majorité des habitants a perdu un proche ou une connaissance durant ces années de violences. Le point d’orgue aura lieu les 16 et 17 octobre 2002, avec l’opération Orion, ultime et sanglante tentative du gouvernement pour reprendre le contrôle de cette zone. Durant trois jours, plus de mille soldats et policiers, soutenus par des hélicoptères et des véhicules blindés, font le siège de la Comuna 13 et tirent à vue. L’opération fait de nombreuses victimes collatérales parmi les 140 000 habitants de la favela.

 

« Il y avait des hélicoptères qui tiraient dans tous les sens, sans cible précise. Les forces armées colombiennes venaient du sommet de la colline et ils mitraillaient la commune. Depuis le sud de la commune, les bandes ou milices répondaient. Entre les deux, il y avait les habitants. »

 

A la suite de ce sombre épisode, le gouvernement Colombien se décide à aider activement la Comuna13 : reconstruction de toits, création d’une bibliothèque publique, accès à internet, mise en place du célèbre « escaleras electricas » qui permet au quartier d’être relié à la ville, aide à l’emploi et à l’éducation.

C’est seulement à partir de 2013 que la Comuna 13 s'apaise et s’ouvre même au tourisme. Un énorme chantier est alors lancé pour développer la culture et les arts de rue, dans le but d’investir les jeunes du quartier, en les sortant de la violence et de la criminalité. En 2014, une société colombienne offre des pots de peinture aux habitants pour recolorer ce quartier y apporter un souffle nouveau. De nombreux artistes s’engagent alors dans ce défi de changement, et apparaissent les premiers « graffitis », qui racontent et exorcisent ce passé douloureux, et ont grandement participé au renouveau de ce quartier.

 

Si la violence et les problèmes sociaux sont toujours un fléau, on peut aujourd’hui visiter et découvrir cette partie de la comuna 13 au travers de ses talents, de son énergie et de ses graffitis chargés de sens et de messages. On y côtoie une population ouverte, emplie d’un nouveau souffle et surtout pacifiée.

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©2019 by Aymeric Dumoulin Vidéaste Photographe.